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LEtoile
Le dernier jour de septembre fermait dun couvercle dairain les plaisirs de lété, friandises de soleil, de plages, de forêts à peine dévoilées, plaisirs de table et dyeux couleurs orchidées, on annonçait la nuit même, après une fameuse éclipse, une pluie détoiles filantes. Damien Manton attendait quand à lui cette pluie détoiles, car disait-il, les phénomènes célestes ont le désavantage de ne laisser, après leur passage, quun réseau estompé de souvenirs, dun éclat si ineffable toutefois quon voilait la face de Moïse nosant regarder la face divine. Oui Damien voulait une météorite, une pierre pour lui tout seul. Lambition était de taille, mais il ne désarmait pas sur son fauteuil roulant, espérant un signe du ciel. Il imaginait déjà tenir dans le creux de sa main lastéroïd tout chaud comme une couvée doctobre, irradiée peut-être, mais pénétrant la chair dune lumière cosmique. « Que ferais-je dun éclipse ? Lastre en se levant aurait-il une saveur de soleil pour moi ? Quelque accouplement mystérieux fait naître une ombre hybride là haut, une pierre sans doute, une vraie pour moi tout seul. A quarante ans et cloué dans un fauteuil on est en droit despérer poser lextrémité dune langue sur la poussière universelle, devrais-je me la brûler pour cela. » Et, en effet alors quil observait par le rectangle dune fenêtre limmense velours de la nuit piqueté ça et là de timides étoiles, un bouillonnement traversa lhorizon, nuage de lait débordant, vague et fugace, suivit de longues traînées lumineuses. La nuit se fardait dargent. Son cur bondit dun coup comme une bête sur sa proie. Il avait peur, peur de ne pas pouvoir la retrouver, mais il sentait confusément quelle nétait pas loin. Il avançait sur son fauteuil, secoué par le terrain, carteyant sur un chemin de tous les dangers, dans la boue des prairies aux sols trop meuble, traversant les halliers en se déchirant vêtements et peau. Il bondissait par-dessus les talus accomplissant limpossible, il ne pensait quà la pierre chaude qui lattendait tel un gibier encore palpitant dans le sang dune plaie. Il crut être arrivé à lendroit de limpact, ce nétait quune mare reflétant la lune, un leurre, et il fouillait du regard les ombres denses qui avaient englouties son étoile. Mais les yeux ne peuvent scruter les ténèbres que les astres cherchent en vain à percer. Elle lattendait là peut-être à son tour, et il ne voyait que la déchirure de lumière au point ultime, au moment ou la douleur trop vive vous oblige à refermer les yeux sur le rêve. Alors il soupira et tourna le dos aux abysses. Il ne la trouverait jamais ainsi, il lavait su. Allait-il maintenant lui tourner le dos ? Simplement le fauteuil restait bloqué. Incapable de réitérer sa prouesse ou damorcer un retour il patientait immobile. Il demeura longtemps figé. Lenvoûtement nubile le saisirait encore, mais le fauteuil était un trône de fer. Un très léger scintillement attira son regard. Il avança doucement, comme pour ne pas faire fuir lêtre nocturne, effacer le reflet dune prunelle daméthyste. Il ne respira plus. Elle était là, bien lovée, dans une ornière en forme décrin. Il se baissa et la ramassa. Il sut pourquoi il était venu au monde à cet instant précis. Une joie délirante aurait pu lenvahir puisque toute sa vie il avait ardemment désiré cette minute, en fait il néprouva quune grande paix, plus profonde que labîme. Le caillou de lespace était une demie-sphère dont la partie tranchée comportait des quartiers comme une orange. Il en émanait une phosphorescence violette qui palpitait. Et il ne put sempêcher de la porter à la bouche. Un spasme le secoua, proche de lextase, le goût du ciel était une saveur électrique, une pointe astrale minéralisée, tenace jusquà lécurement, la guimauve des origines, lâme vitreuse du néant, la robe soulevée des nuits sans fin, une pulpe déternité, un peu de résiduelle divinité, une défécation cosmique pour lui seul. La fièvre le gagna, il revit lhistoire de sa vie, son enfance, le lit creux de ses parents déserté. Le jardin aux allées de labyrinthe, les courses folles dans laverse de branches des saules, lappât des groseilles et des mûres au sang violet. Pigment déchirant tatouant la peau darabesques indéchiffrables. Il revoyait les chemins minuscules de jungle de poche entravées de ronces et dasphodèles. Et le goût dun dimanche écrasé de framboise, mêlé de beurre et de miel, la voix chaude des parents en longueur déchos. La maladie enfin qui vissait sur un siège son corps, le rideau de fer sur ses jambes. La souffrance de devenir une pierre, car il savait ce quétait être pierre, et aujourdhui il trouvait une amie, comme lui, un instant lumineuse et brusquement clouée sur terre dans la boue dindifférence. Elle pouvait bien le brûler, il ne sen plaindrait pas, un peu du feu universel de la genèse napporterait quune purification de cette âme déjà à moitié consumée. La pierre nétincelait que par moment, elle réfléchissait des lueurs par intermittences douces et mauves, une peau de fauve sous un néon. Damien su que plus rien ne serait comme avant. |