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Légende

 

 

Wan Wei  pris la parole immédiatement ;

-Messieurs, notre syndicat à eut vent d’une transaction ayant eu lieu récemment comportant un objet d’art comme monnaie d’échange. Il s’agirait d’un paravent appartenant au musée de Pékin. Nous savons qu’actuellement les échanges se diversifies entre nos pays, mais… cet objet fait parti de notre culture et de notre histoire, le directeur du musée a pris à la légère la réaction de ces concitoyens dans cette transaction…

-D’abord laissez-moi vous dire qu’il ne s’agit nullement d’une transaction, répondit Francis Dumas avec fermeté, cet objet de grande valeur m’a été confié par le directeur du musée par l’intermédiaire de monsieur Li Wei, mais seulement en transit. Le paravent est au bureau de l’ambassade sous immunité comme vous le savez, il ne peut faire l’objet d’aucune pression.

Wang Wei s’inclina à nouveau mais une lueur glacial brilla un instant dans ses yeux :

-Bien entendu monsieur le commissaire je n’ai pas l’intention de vous forcer la main, mais…si vous nous retourniez cette œuvre d’art rapidement, vous éviteriez de nombreux désagréments à venir. Ne pensez pas que nous vous menacions monsieur le commissaire, mais bien des choses peuvent arriver, le syndicat ne vous lâchera pas tant qu’il ne récupérera pas le paravent.

-Francis Dumas se pencha vers le Chinois et planta son regard dans le sien :

-Pourquoi un tel intérêt, monsieur Wang ?

-Je viens de vous le dire, cet objet symbolise une partie de notre passé, il représente certaines valeurs anciennes auxquelles nous tenons beaucoup, il appartient au patrimoine chinois et rien ne saurait changer cela.

-Il n’y a rien d’autre monsieur Wang ? Il me semble que vous ne me dite pas tout sur ce paravent.

La lueur se durcit dans le regard du Chinois :

-Peut-être l’avez-vous découvert vous-même monsieur Dumas.

-Une légende ?

Li Wei s’agita tout à coup comme s’il était mal à l’aise.

-Une légende ? Fit Wang surpris.

-Oui, un mythe se reportant à la création du paravent…

Wang  se laissait gagner par une irritation étrange qu’il s’efforçait de maîtriser :

-Une légende oui, cela n’a rien d’étonnant, tous les objets chinois, rouleaux, panneaux, peintures murales, éventails, statuaire possède un bout d’histoire plus où moins lié au mysticisme, au monde spirituel. Le paravent n’échappe pas à la tradition, je ne vois pas…

-Si… le coupa le Français, je veux parler d’un pouvoir, celui d’unir les âmes ou l’essence profonde des êtres qui utilisent ce paravent. Le saviez-vous ?

L’autre se leva et toisa carrément le Français, dissimulant péniblement une colère contenue :

-Un pouvoir ? Unir les âmes ? Ecoutez monsieur Dumas, il est possible que cet objet vous ai frappé l’esprit fortement, car nous ignorons tout de ce soi disant «pouvoir». Tout ce que nous vous demandons est ; où est-il présentement ?

Francis Dumas se rassit, il présenta une boîte de cigares que refusèrent les trois hommes. Wang se tourna vers Li Wei :

-Enfin monsieur Li Wei, vous savez comme moi que vous vous exposez à des complications diplomatiques, dites-nous où se trouve ce paravent ou ramenez-le nous.

Le commissionnaire Chinois fit quelques pas selon son habitude et pivota sur lui-même, son regard n’était plus que deux fentes rendant ses yeux illisibles :

-Ecoutez monsieur Wang, ce qu’à dit le commissaire est rigoureusement exacte, nous avons «mis à l’épreuve le paravent» ! Nos essences sont unies et nous ne formons plus qu’un seul et même individu !

Wang le fixa comme s’il le voyait pour la première fois, il ne saisissait pas. Il se leva et s’inclina vers les deux hommes :

-Dans ce cas vous ne parlerez pas, si c’est ce que vous essayez de me dire ?  Bien, dans ce cas…

Ils repartirent sans un mot, d’un pas raide. Li Wei se tourna vers  le Français :

-Je crois que nous venons de nous faire des ennemis. Ils ne nous lâcherons pas tant qu’il n’auront pas retrouvé le paravent !

-Mais il est chez moi actuellement, dit Francis Dumas, et ils vont le retrouver facilement !

-Ils n’ont pas encore l’adresse Francis, et eux ne savent pas si le paravent est chez toi. Il faut le mettre en sécurité. Il enfila un pardessus rapidement :

-Allons-y !

Le Français le suivit aussitôt. Mais un homme de haute taille entrait au même moment, il portait un costume marron, une couronne de cheveux gris mettait en exergue son front proéminent et ses yeux d’un bleu délavé clignaient derrière ses lunettes à écailles. Il eut un sourire un peu carnassier en direction des deux hommes et se présenta :

-Excusez-moi de vous déranger messieurs, je vois que vous alliez sortir, Jacques Le compte,  je suis conservateur à titre privé…

-Oui, que pouvons-nous pour vous monsieur Lecomte ?

L’autre se gratta le front d’un air ennuyé comme s’il cherchait ses mots :

Eh bien ! J'ai su incidemment que vous aviez en votre possession un objet de grande valeur. Une œuvre d’art chinoise, un paravent.

Li Wei secoua la tête d’un air dépité en regardant le Français :

-J’ai peur que tout le monde n’ai eut vent de cette histoire mon pauvre Francis.

Le commissaire fit une moue désabusée et acquiesça :   

 -D’accord, que voulez-vous savoir ?

Le grand type toussota, il planta son regard dans celui de Francis Dumas, c’était un regard qui mettait mal à l’aise, qui cherchait à fuir l’examen tout en cherchant quelque chose dans celui des autres. Hormis ce détail, Jacques Lecomte avait bonne allure, accusant un léger boitillement qui ne lui ôtait rien de sa prestance. Sa voix un peu cassée coulait facilement :

-En fait, j’ai par mégarde entendu les propos d’un groupe de Chinois, ils parlaient de votre bureau, et de «l’objet». Etant moi-même grand amateur de pièces anciennes il m’est venu à l’idée de vous en parler. Ma curiosité naturelle aiguisée à l’extrême m’a poussé à cette démarche un peu cavalière, je le reconnais, j’aurais dû prendre un rendez-vous.

-Pas nécessairement monsieur Lecomte, je n’ai pas beaucoup de clients en ce moments, l’art ne marche pas si bien, nous ne savons pas grand-chose de la Chine ancienne finalement, et pourtant j’y travail depuis vingt ans. Je vous propose d’entrer dans mon bureau pour discuter, nous y serons plus à l’aise…

-Non monsieur Dumas, je vous dérange à l’heure du déjeuner, permettez-moi seulement de revenir cet après-midi à l’heure de votre choix.

-Bien entendu, disons à quatorze heures trente si vous le voulez.

L’homme eut un sourire poli :

-Bien.

 

 

 

Li Wei et Francis Dumas se rendirent rapidement à l’appartement. Là ils constatèrent que tout était parfaitement normal. Le paravent était à la même place qu’hier. Francis poussa un ouf ! De soulagement, il le démonta soigneusement et le remis dans sa Boîtier. Puis il ferma celle-ci à l’aide de sangles solides.

-Qui est-ce qu’on fait Li ?

-On le garde avec nous évidemment. C’est préférable, du moins jusqu’à ce que nous ayons trouvé une solution. Elle n’est peut-être pas si loin.

Ils refermèrent la porte de l’appartement et sortirent de l’immeuble, Li Wei regardait si personne ne les suivait. Ils démarrèrent avec le paravent chinois dans la voiture et allèrent directement au restaurant auquel ils étaient habitués, le « Chan Jen ». Une fois arrivés Li Wei s’installa tout de suite à son emplacement coutumier :

 -Tu connais ce Jacques Lecomte Li ?

-Plus ou moins, c’est un conservateur certes, mais aussi un aventurier qui cherche l’objet rare à ce que j’ai entendu dire. Il fait commerce d’échanges de pièces au niveau international et possède un château dans lequel il entrepose les pièces qui lui sont confiées.

-Un château ? Diable ! Avec les cambriolages en recrudescence il n’a pas peur !

-Oh ! Mais je crois qu’il a installé la haute sécurité, chambres blindées, alarmes en tout genre, clôtures électrifiées et chiens de gardes spécialement entraînés, c’est un expert de la haute protection notre homme, à croire qu’il à fait la guerre à lui tout seul. Son passé est d’ailleurs assez obscur, il semble avoir eu une vie bien rangée qui ne colle pas avec le personnage…

-Tu as su tout ça comment ?

-Oh ! Les collègues parlent beaucoup à l’ambassade, au bureau de Pékin chargé des transactions étrangères. Son nom est connu là-bas, Lecomte doit être un amoureux de la Chine.

Francis Dumas eut un sourire :

-Comme beaucoup d’autres non ?

Li Wei lui rendit son sourire :

-Oui, mais toi  tu n’as plus à me convaincre.

Le français se mit à rire en remplissant le verre du Chinois de Bordeau, Li Wei  allait protester, mais Dumas ne lui en laissa pas le temps : 

-Allez ! Vive les opportunistes et au diable l’avarice !

De l’endroit où ils se trouvaient tous deux pouvaient surveiller, à loisir, l’autre côté de la rue où était garé la voiture de Dumas. A l’intérieur le précieux objet avait été placé de façon à  se confondre avec la banquette, il était très difficile de voir quelque chose d’anormal de l’extérieur.

A ce moment, deux Chinois entrèrent dans le restaurant et se dirigèrent vers leur table, ils reconnurent Wang Wei et Li Sseu-hiun. Leur visage ne trahissait aucune émotions. Wang salua les deux hommes et fit dans un sourire grinçant :

-Bien, vous voilà en dehors du périmètre de l’ambassade messieurs, je réitère donc ma demande ; rendez-nous le paravent. Mon groupe est prêt à vous le racheter trois millions de yuans, je sais que c’est peu par rapport à sa valeur initiale, mais nos budgets ne… 

-Ce n’est pas une question de budget monsieur Wang, lança Li impétueusement, mais bel et bien une question d’honneur ! 

Wang se raidit, un rictus remplaça le sourire aimable :

-Bien, je vois, je vous aurais prévenu…

-Des menaces monsieur Wang ? Demanda Francis Dumas d’une voix froide et mesurée. L’autre s’inclina :

-Il ne tient qu’à vous d’être raisonnable, siffla-t-il. Une fois sorti de ce restaurant votre dernière chance aura passée, nous surveillons votre véhicule, nous ne vous lâcherons plus.

Le cœur de Dumas s’emballa, «pourvu qu’ils n’aient pas vu la Boîtier... »se dit-il. Li avait dû se faire la même réflexion, il semblait tendu. Mais rien ne laissait supposer que Wang savait où était le paravent. Ils ne pouvaient plus regagner leur bureau à l’heure qu’il était, les Chinois les en empêcheraient certainement. Jacques Lecomte allait attendre pour rien. Il prirent leur repas sur le pouce et montèrent dans la voiture sentant des yeux braqués sur eux. Les Chinois étaient discrets, ils ne les suivaient pas apparemment. Mais ils devaient être très habiles.

-Tu crois qu’ils nous filent Li ?

-Difficile à dire, ils en sont capables. Ce sont de fameux espions et de très bons combattants, j’espère qu’ils n’ont pas d’intentions meurtrières.

-Pas tant que nous posséderons le paravent…Fit inconsciemment Francis, et il perçu une vive angoisse  dans la voix de Li Wei :

-Je crois qu’ils nous en veulent Francis, si c’est le cas je ne donne pas chère de notre peau. Il me vient tout à coup une idée, mais elle est tellement folle…

-Dis toujours Li, au point où nous en sommes…

-Eh bien ! Si nous leur donnions le paravent, dans un endroit approprié, et là nous le monterions devant eux et…

Francis Dumas tressaillit sous l’effet d’un violent courant électrique :

-Quoi ? Tu ne veux pas dire que... ? Non ! Li Wei, tu ne peux pas «vouloir  ça» !

-C’est hélas la seule solution que j’entrevois pour sauver notre vie ou du moins préserver notre tranquillité Francis. Le paravent nous offre des garantis que personne d’autres ne pourra jamais nous donner.

Le Français eut un frisson. Ce que voulait dire Li Wei signifiait s’associer à jamais avec ces trois Chinois, peut-être plus, et d’unir leur âme à celles de véritables maffieux. Comment pourraient-ils supporter cela ?  L'idée même lui parut monstrueuse.

-Mais Li…ce sont des bandits ! Comment prendre ce risque ? Qui dit qu’une fois unis à eux nous ne deviendront pas comme eux, qu'ils ne nous obligerons pas à «travailler» pour eux !

-Voyons Francis, tu le sais bien, rien ne nous changera complètement, notre nature profonde est là, personne ne nous obligera à faire ce que nous ne voulons pas faire !

Le Français ne répondit pas laissant l’idée faire son chemin, il sentait ses nerfs se nouer littéralement.

-Nom de Dieu !

La voiture tourna sur le boulevard  Haussman. Une coupée bleue apparue débouchant d’une rue transversale, un chauffeur asiatique la conduisait, ils collèrent presque la Mercedes du commissaire qui ne souhaitait pas lancer son moteur ici en pleine ville. Ils préférèrent regagner l’appartement de Francis où ils pourraient discuter avec les Chinois, s’ils faisaient mine d’aller à l’ambassade, les autres pouvaient interpréter cela comme une fuite et provoquer un accident. Il valais mieux se soumettre docilement ou en avoir l’air. Ils s’arrêtèrent et attendirent les Chinois au pied de l’immeuble. Les trois hommes les rejoignirent d’un pas décidés.

-Alors ? Fit  Wang, vous capitulez ?

-Non, fit Li Wei entre ses dents, mais puisque vous voulez voir cette merveille nous vous proposons monsieur Dumas et moi-même de la voir chez lui, dans toute sa splendeur, là, nous pourrons peut-être rediscuter tout ceci en gardant la tête froide. Wang acquiesça et leur fit le geste de monter. Il tenait un objet contondant dans sa poche et il était inutile de se demander ce que cela pouvait être.  

Francis Dumas se débarrassa de son imper et posa le boîtier sur le canapé, puis il l’ouvrit délicatement et commença à monter le paravent. Li Wei se tourna vers les trois hommes fascinés qui regardaient chaque panneau s’emboîter :

-Messieurs, il faut savoir avant tout que l’Empereur Chang a été le détenteur exclusif de cet objet pendant fort longtemps. Il raconta l’histoire du prince Tchao Tch’ang créateur du paravent et poursuivit le récit ; « La même année que l’enterrement du prince Tchao, que l’Empereur pleurait désormais, le premier ministre Tchang Seng-yeou voulu aussi connaître l’enchantement validé par le sang du prince, et profita d’un moment de solitude pour s’abandonner au paravent alors qu’il  se trouvait en face des objets conservés de tous les empereurs de Chine jusqu’alors. On dit que le Premier ministre revécu les divins instants des prédécesseurs de Chang, car le paravent absorbait la vie des objets et la retransmettait à ceux qui se trouvaient de l’autre côté. Mais les horreurs du supplice le plus terrible arrivèrent également, car bien des sortilèges barbares avaient remplis la vie des Empereurs et Tchang Sen-yeou devint fou, les jours qui suivirent son corps accumula tous les affreux supplices des empereurs déments qui avaient pu régner en Chine. Le mal qui existait en Tchang avait été le plus fort et avait «attiré» la plus terrible des damnations sur ce malheureux Premier ministre. Ainsi le paravent unit-il les âmes, certes, mais transmet également les pires horreurs à ceux qui ont voué leur vie au mal. Par contre la légende dit que les âmes pures connaissent d’immortels instant de félicité.

« Ne  laissez passer seulement que des jardiniers et des poètes derrière le paravent »

Ces paroles revinrent à l’esprit de Dumas avec une force étonnante pendant qu’il arrangeait précautionneusement les battants de l’admirable chef d’œuvre. « Ceux là n’ont rien de jardiniers et de poètes mon ami », il tressaillit au son de la voix qui résonna en lui, à la fois intime et étrangère. Une voix de vieux sage qui aurait pu s’adresser à lui par delà les siècles. Tout fut achevé, les Chinois observaient une sorte de silence respectueux devant l’œuvre immortelle de Tchao Tch’ang. Li Wei s’avança lentement, cérémonieusement vers le paravent, il invita d’un geste les trois hommes :

-Le paravent vous attend messieurs, constatez vous-même sa beauté et ses vertus, il faut passer de l’autre côté pour en savourer la quintessence !

Le Français eut un frisson. Mais au moment où les hommes se levaient, la sonnerie d’entrée retenti. Francis Dumas préféra attendre quelques instants au cas où le visiteur imprévu reparte.  Mais la sonnerie se faisait insistante. L’un des hommes sorti une arme de son veston et la braqua sur le Français :

-Pas de bêtise monsieur le commissaire, vous évincez rapidement ce visiteur importun n’est-ce pas ?

Dumas songea :

« Face de citron, je te hais… puis au fond de lui ; Mon dieu je n’ai pas le droit de le haïr maintenant, pas «maintenant» !

La porte s’ouvrit, Colder apparut affichant un grand sourire affecté :

-Francis, j’ai bien cru que tu dormais ma parole, tu n’étais pas au bureau, j’ai vu ta voiture en bas de l’immeuble j’ai pensé que tu étais chez toi, comme nous nous sommes quittés un peu «montés» la dernière fois j’ai voulu…

Francis Dumas était sur des charbons ardents, il transpirait maintenant à grosses gouttes :

-Mon vieux tu tombes mal, très mal, je ne peux pas te recevoir maintenant repasse plus tard… !

Coder le regardait stupéfait, Dumas referma la porte à contrecœur, derrière lui Wang braquait son arme, une flamme noire dans les yeux.

De nouveau la porte retenti des coups répétés de Colder :

-Nom d’un chien Francis t’es dingue ou quoi ! ? Qu’est-ce que tu fouts ? T’es malade ? ! Réponds moi !

Bientôt les cris cessèrent et un pas nerveux s’éloigna dans le couloir, lorsque l’échos disparu les Chinois se détendirent, Wang rangea son arme, il arbora un sourire grimaçant :

-Où en étions-nous ?

Francis tremblait, il avait l’impression de commettre un acte sacrilège. Wang allait faire le tour du paravent, l’atmosphère devenait irrespirable et pourtant la température n’était pas spécialement élevée. Subitement la porte de l’appartement reçu un violent choc, puis un autre, au troisième elle vola en éclats, Colder bondit dans la pièce une arme au poing, mais Wang avait déjà sorti la sienne. Des coups de feu éclatèrent. Wang roula sur le sol, les autres s’avancèrent vers Colder un cran d’arrêt dans la main. Francis bondit sur les épaules de  Li Sseu-hiun, Li-Wei essaya de barrer le passage à Kou K’ai-tche. Colder abaissa son arme, les deux Chinois avaient perdus, ils le savaient, mais il ne fallait pas qu’ils tentent quelque chose de désespéré. Francis maintînt Li Sseu-hiun en le ceinturant, Et Li Wei bloquait le bras de Kou K’ai-tche  par une clé imparable, mais du sang maculait son gilet. Francis lâcha le Chinois et s’agenouilla vers Wang, il respirait avec difficulté, il saisit un téléphone et composa un numéro d’urgence. Colder désigna les deux Chinois aux abois :

-Qu’est-ce qu’on en fait Francis ? La police ?

-Laisse-les, le syndicat les récupérera !

Ils filèrent sans demander leur reste en jurant. Li Wei s’affala sur le canapé en se tenant les côtes.

-Li ! Cria Dumas, tu es blessé ?

Il ressentait la douleur du Chinois comme si lui-même avait reçu le coup. La lame avait été déviée par une côte fort heureusement.

-Je me charge de ça Francis tu sais que j’ai mon diplôme de secourisme.

-Merci pour la bonne idée d’être venu Armand !

Colder avait l’air complètement consterné :

-Merde ! Que voulaient ces gars Francis ?

Le commissaire désigna le paravent.

-Encore ce paravent ? Mais c’est un objet volé ou quoi ?

-Eux le pensent, fit Li Wei en grimaçant un peu pendant que  Colder le bandait, mais évidemment c’est faux, je l’ai offert à mon ami Francis Dumas, et depuis, un puissant syndicat désire le récupérer.

-Ils ne supportent pas l’idée que des occidentaux mettent la main sur leur patrimoine, c’est assez compréhensible, mais de là à sortir les flingues ! ça sent la maffia à plein nez.

-Oui, et si la maffia s’en mêle nous ne sommes pas sorti de l’auberge ! On ne s’en sortira jamais !

-Donc mieux vaut céder !

-Ou trouver une bonne planque pour le paravent !

-Oui Armand…

Une pensée traversa l’esprit de Dumas à cet instant, «une bonne planque» Armand avait raison. N’avaient-ils pas un rendez-vous à quatorze heures justement ? Jacques Lecomte !

Là était peut-être la solution. Il consulta sa montre, il était quatorze heure trente, non, Lecomte serait reparti, il fallait essayer quand même, il dévala l’escalier, Li Wei avait compris où il allait, Armand Colder se mit à l’appeler :

-Francis où vas-tu ? Si tu m’expliquais un peu ce qui se passe ?

Mais déjà Francis Dumas montait dans la Mercedes et démarrait. Il arriva en catastrophe au bureau des affaires culturelles. La grande silhouette de Jacques Lecomte s’éloignait déjà, il eut juste le temps de le rattraper :

-Monsieur Lecomte ! Excusez moi pour mon retard, j’ai eu un malheureux contretemps.

-Je ne vous espérais plus.

-Entrons pour discuter, nous serons mieux.

Jacques Lecomte s’assit sur l’un des fauteuils que lui présentait Dumas, il balaya la pièce avec des yeux inquisiteurs.