LA NAISSANCE DE VASLION



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L’Eveil


Les trois mantelets de la création rapportent ;

Les petits dieux s’éveillèrent d’un long sommeil sur les rives du Fleuve Eternité. Le plus grand Aleph tendit ses bras blancs et hauts comme des tours vers l’incréé. Oziel se leva à son tour, puis Urgal, Ismérilh et enfin Ekké. Ils étaient la main de l’univers, les doigts du cosmos, et ils désirèrent donner un visage au néant. Aleph retissa les liens sacrés du savoir et de l’unité. Mais comme le champs des connaissances divines étaient infinis ils cessèrent de bavarder et Oziel proposa le premier la confection d’une flamme. Ce fut la flamme primale. Elle illumina l’univers pendant quelques infimes bribes d’éternité.

Urgal créa des flammes plus petites mais plus dense, qui brûlèrent longtemps.

Ismérilh fit jaillir des feux éparses qui formèrent un ballet cosmique.

Ekké fit surgir une clarté très douce qui emplie encore l’univers aujourd’hui.

Aleph enfin, suscita une flamme si particulière que les autres se turent, muet devant cette splendeur. C’était la flamme de vie, elle se nourrissait des autres feux divins essentiels, et parut aux yeux des petits dieux une merveille sans nom, un trésor issu de la passion d’être. C’était également un acte d’Amour pur.

Les créateurs de ses feux reçurent aussi le nom de Phalemfs, les incréés. Oziel désirait partager la joie des Phalemfs avec d’autres êtres, il décida d’engendrer un fils du feu de vie. Chacun engendra à son tour un être à sa ressemblance. De la flamme de vie naquît les Solophans, créatures de beauté et de puissance. Les fils bienheureux louèrent leurs pères et vécurent dans le bonheur lumineux des Phalemfs. Mais l’engendrement de ces créatures splendides exigeait une telle dépense d’énergie que longtemps les petits-dieux durent se reposer, car les fils avaient l’essence de leur pères.


Quand ils furent à nouveau au summum de leur gloire Aleph projeta de rendre habitable le cosmos.

Il créa la matière. D’une fusion élémentaire jaillit le futur noyau dur du monde.

Les quatre autres doigts de l’univers rajoutèrent à l’ampleur de cette œuvre et le massmarh apparu. Il voltigeait dans l’Eternité et les pères demandèrent à leur fils de les aider à en faire un joyau. Les Solophans taillèrent dans le massmarh et le dégrossir tout d’abord, des astres majeurs virent le jour, des étoiles immenses garnirent l’espace, puis ils travaillèrent en orfèvre, créant des montagnes, des vallées, des dépressions et le premier océan appelé le Myllabysse où jouaient les enfants des petits dieux. Des parcelles du massmarh fondamentales émergèrent des constellations, des corps célestes mineurs. Ils tendirent de vastes cordages invisibles pour maintenir la cohésion de l’ensemble et forgèrent les lois impérissables gérant toutes choses. Ils amalgamèrent la matière dans le creuset d’énergie originelle, et le vide rempli de poussière fut apte à transmettre les lueurs physiques. Urgal était le seul des cinq à être très indépendant mais ses œuvres n’en étaient pas moins belles, elles contenaient cependant une puissance sauvage. Il décida tardivement à donner à son tour naissance à un fils, et il créa l’Enfant.


La lumière de l’Enfant était différente de celle de ses frères. Il fut appelé Uléar, son père lui montra les œuvres qu’avaient déjà entrepris les Solophans et Uléar conçu dés le départ un puissant désir de participer à l’élaboration de l’univers matériel. Il se précipita vers les plaines sans limites du massmarh originel, et commença son activité, creusant, empilant les roches en fusion, refroidissant les violents feux qui consumaient le centre du massmarh.

Mais sa hâte confinait à la maladresse, et la maladresse à la brutalité. Il provoquait de tels tourments à la terre naissante que des volcans gigantesques jaillirent, des abîmes apparurent, des failles épouvantables. Le dessein imprévisible de l’Enfant contrecarrait celui de ses frères. De son désir d’apaiser la chaleur ardente des feux cosmiques il transformait les montagnes en pure glace. Il éteignait dans ses gestes incontrôlés les astres que d’autres allumaient et le vent glacial de son souffle balayait les flammes subtiles d’étoiles naissantes, œuvres d’art parmi les premières de l’histoire de l’univers.

Ses frères jugèrent qu’il en faisait trop, ils lui parlèrent longuement mais Uléar ne semblait pas les écouter et retournait à ses occupations perturbatrices. Ils décidèrent d’en référer à son père Ulgar qui le raisonna tant et bien que l’Enfant n’osa plus toucher aux œuvres divines pendant longtemps. Il garda le nom d’Enfant par la suite dans l’immaturité de ses actions. Il resta ainsi à l’écart des ses frères et de ses pères, incapable de communiquer ou d’accomplir un travail ordonné, et bien que son intelligence égala celle des autres il paraissait souffrir de la présence de ses pairs et de l’enseignement prodigué.


On décida de l’envoyer vers les parties éloignées du monde né afin d’y accomplir des tâches qu’il pourrait mener à bien.

L’Enfant pu donner libre cours à toute sa force dévorante et fit jaillir des corps céleste monstrueux qui palpitent encore aujourd’hui aux confins de l’univers visible. Il alluma les fragments du massmarh originel et en fit des astres flamboyant, mais dans sa précipitation à les embraser il lui arrivait d’éteindre le feu des soleils comme on éteints les chandelles à la flamme hésitante. Uléar détruisait constamment ce qu’il produisait avec tant d’ardeur. Et il finit par se lasser de ses échecs.

Pendant ce temps le monde-né du massmarh fondamental prenait forme et chaque fils des petits dieux décida d’y installer la vie. La flamme d’Aleph leur fut confiée. Ils commencèrent à créer les structures les plus simples, les plantes et toute végétation, puis ils amenèrent l’eau, établirent les cycles naturels sous l’égide du meilleur constructeur ou concepteur, car chaque Solophans avait un don particulier pour ensemencer le monde.


A cette époque toutes les lueurs se mêlaient, la nuit n’existait pas. Puis, les Solophans voulurent introduire une nouvelle forme de vie, et ils créèrent les animaux, êtres terrestres et marins splendides dont la taille et l’appétit étaient à la mesure de leur environnement.

Il arrivait que les Phalemfs se promènent dans les plaines sans limites, se vautrant dans les lacs plus grands que des océans, se chauffant dans le creuset des volcans et jouant avec les montagnes à des jeux d’adresse, sans jamais toutefois détruire leur œuvre. Ils évitaient un contact trop durable avec les Malmoks, les grands monstres de cette ère bien avant l’époque des dinosaures de la préhistoire humaine.


Les Solophans dans leur soif de créer faisaient pousser la végétation luxuriante les fleurs géantes et les fruits aux parfums disparus. Ils fabriquèrent les glaciers monstrueux et les taillèrent, en lissèrent la surface pour mieux y glisser. C’était l’ère de l’Enfance ou les dieux éclataient de joie avec leurs fils.

Arriva le jour ou Aleph et les siens virent qu’ils devaient à nouveau engendrer. Ils tissèrent des cocons de lumières et provoquèrent la gestation des Phirandims les tendres, les fils d’amour. Ces derniers apaisèrent quelque peu les feux de la terre d’alors, calmèrent les eaux tumultueuses et donnèrent le charme aux plantes, aux insectes et aux êtres volants. Tout ce qui avait des ailes les attiraient mais ils savaient œuvrer dans les formes de la terre et concentrer le minerai et les richesses naturelles.

Ils apportèrent la couleur aux bêtes, la fraîcheur aux fruits, le parfum aux fleurs. Toutes les œuvres d’amour et de beauté leur sont dû et elles étaient si nombreuses qu’aucuns mantelets ne pourraient les rassembler ni les décrire…


Les premiers cadets ouvrirent les yeux émerveillés de tant de splendeur mais effarouchés devant la puissance qui habitait toute choses. Ils surent immédiatement adoucirent les forces indomptées jusqu’alors, et nivelèrent les sols, ciselèrent les feux de la terre jusqu’à la luciole aux lueurs froides, ils calmèrent l’océan originel et endormirent les monstres marins, puis ils créèrent à leur tour toutes choses belles et chatoyantes, les choses qui devaient un jour charmer les fragiles humains.

La flamme de vie les fascinait d’autant plus qu’elle leur ressemblait, douce et vivace, transmettant chaleur et mouvement. Les lueurs spatiales devinrent moins blessantes pour les yeux, les plantes plus petites et plus suaves, les animaux plus paisibles et d’une taille accessible. Les insectes eux-mêmes devinrent entre les mains des Phirandims des créatures amusantes et instructives plutôt que terrifiantes. Ils déterminèrent un lieu où leurs œuvres seraient particulièrement nombreuses, un endroit de vie et de paix, ce fut le premier jardin de délice. Ils demandèrent la flamme de vie à Aleph qui la leur confia car il connaissait leur sagesse innée. Les Phirandims créèrent des êtres intelligents aux formes adorables et des créatures aux formes plus grossières pour les travaux de la terre.


Les premiers furent les Uldrims, les Puldrims et les Luldrims, les second les Mimains et les Surmains d’où sortent toute les familles de nains et de lutins. Ils géraient les cycles de l’eau, de l’air et de la terre, généraient les feux de brousse et les arrêtaient, réapprovisionnaient les sources et les moissons. Il y avait aussi les orfèvres qui créaient des bijoux, les tailleurs de pierre et les créateurs de parfums.


Les grands cuisiniers apparurent chez les Mimains grand chimistes parmi les grands. Enfin le moment arriva où purent apparaître les humains. Le premier couple fut Aelh pour le mâle, et Ielh pour la femelle. Les Phirandims leur enseignèrent le langage divin qui s’épelait par syllabes chantantes et s’écrivait en de sublime dessins. Iphimiris le plus grand des cadets leur donna toutes les notions du bien omettant le mal, la sagesse de la terre et de l’eau, et les humains fécondèrent des enfants qui à leur tour devinrent des agriculteurs, des cultivateurs, des marins.

Pour ne pas risquer de rencontrer les feux des Solophans à l’autre bout du monde, car la terre n’était pas ronde et l’océan des dieux n’avait pour les hommes pas de limites. Fahala un Phirandim aux goûts féminins s’occupa des naissance et materna les hommes. Omohono fabriqua l’humour et le rire, c’était le seigneur des clowns, il était aussi un orfèvre inégalé pour toutes choses minuscules et captivantes. Le travail des hommes n’était que pur plaisir, l’aventure jamais ne s’achevait par le malheur.