3



Les Fleurs


Aleph attendait auprès d’Ulgar, leur présence était si rayonnante qu’Uléar baissa les yeux et tomba à genoux. Aleph parla en premier ;

« Uléar, nous t’avons ramené ici pour te raisonner et prendre des sanctions contre toi. La flamme de vie n’est pas pour celui qui en abuse, elle est vecteur d’amour et non de destruction. Dans ton inexpérience et ton caractère impulsif tu as créé des êtres qui mettent en péril la vie des races terrestres, en conséquences trois choses te seront imposées ;

Premièrement tu circonviendras le pouvoir des Malmoks, des monstres marins et des créatures volantes.

Deuxièmement tu reviendras à ton Père pour qu’il t’enseignes à user des lumières plus sagement, à mesurer tes actes et quand tu auras appris l’essentiel un autre destin te sera accordé.

Troisièmement tu retourneras sur terre pour achever ton œuvre purificatrice, et tu ne t’approcheras jamais des humains tant que tu n’auras pas toi-même admis l’incarnation pure comme tes frères les Phirandims. Ils négocieront désormais tous les rapports que tu auras avec les créatures vulnérables du monde-né. Va maintenant et amende toi ! »

Ulgar parla à son tour dans un feu dur et froid qui fit peur à Uléar :

« Cher fils je dois t’administrer un blâme pour avoir calomnié les Phalemfs tes Pères. » Uléar hurla de peur et de rage, supplia, mais le blâme l’atteignit, et il ressentit une douleur et une honte à la mesure de son corps titanesque. Il se cru déchiré un temps très court, puis il se redressa alors qu’une paix exquise l’enveloppait pour cicatriser ses plaies. Ulgar s’éloigna en disant :

« Va maintenant ! »

Son Père une fois de plus le laissait, après le blâme alors qu’il aurait eu besoin de toute son affection et de ses conseils. Il lui en voulu et conçu de la haine pour lui. Puis il erra longuement dans les fosses du temps près du terrible foosphurle le néant total et destructeur.



L’Enfant parcouru les terres du massmarh et endormit toute ses créatures, il en tua beaucoup par colère, et en blessa d’autres irrémédiablement. Il débarrassa le ciel des créatures volantes impies et les Malmoks sombrèrent pour un temps avec les poisson géants dans une hibernation multimillénaire. Puis il revint vers son père et dû se plier aux leçons que celui-ci lui enseigna. Du temps passa et l’Enfant cru pouvoir à nouveau œuvrer dans le monde. Revêtu d’un manteau splendide et éclatant, coiffé d’une parure étincelante il apparut à ses frères.

Mais avant cela il s’ébroua dans le fleuve d’Isgielh ou l’eau pure le rasséréna, car son Père lui avait donné une apparence de chair magnifique et rassurante et apaisé les feux de sa gloire native. Il avait une soif inextinguible qui ne cessa jamais de le tarauder depuis son blâme. L’orgueil qu’il ne voulait pas abandonner le consumait.


Quand il vint vers Ranfâlm et Colvûr il sut cacher ses sentiments et s’humilia même devant eux prêt à faire amende honorable. Il les aida à construire des palais et des jardins, il servit de nettoyeur et de transporteur sans rechigner, et montra de la reconnaissance pour les conseils qu’on lui prodiguait. Il réussit ainsi à se faire accepter parmi ses frères et entra dans leurs secrets. Pour paraître encore plus repentant et utile il créa des insectes magnifiques qui furent les seuls œuvres de l’Enfants à dépasser en beauté les ouvrages des meilleurs orfèvres. Les syntises bleues hypnotisaient par leur charme les êtres nymphiques. Les papillons d’or et d’argent virevoltaient à l’unisson, les rampants lançaient des lumière sublimes et des odeurs suaves. Et l’Enfant ressentit un sentiment qu’il n’avait jamais connu ; la fierté et la reconnaissance.


Pendant ce temps les Phirandims s’aperçurent que certains humains dépérissaient lentement d’un étrange faiblesse. Ils comprirent que l’air et l’eau, la terre et la lumière elle-même étaient empoisonnées subtilement par la présence et les sentiments venimeux de l’Enfant. Certes l’empoisonnement était très lent et rien ne rendait malheureux les humains en ces temps reculés, mais les cadets décidèrent de planter une graine merveilleuse dans les jardins bénis d’Aliviah. C’était la fleur d’Orlypâle qui contenait les principes et l’essence même des petits-dieux, revivifiait les corps les plus déficient en redonnant une force et un courage suprême.


Il fallait du temps pour que les vertus des fleurs deviennent efficientes, mais rien ne pressait les cadets et les humains. Ce fut au cours d’un automne d’or que plusieurs créatures malveillantes vinrent piétiner les fleurs d’Orlypâle. On replanta des graines et on attendit…de nouveau les animaux de l’Enfant détruisirent les jardins. Les Phirandims n’osaient pas user de force contre les bêtes de la création, leur vocation était d’instruire et d’aimer et non de punir. Mais les bêtes obtuses de l’Enfant poursuivaient leurs déprédation saccageant les forêts et les jardins et renversant même des maisons de sintemps ces palais de Phirandims où les hommes pouvaient également vivres.


Les Phirandims s’étaient tellement attachés à l’essence humaine qu’ils s’allièrent par mariage avec eux. Il en découla une race splendide appelée Alvyad, le croisement entre les cadets et les hommes. Cette race était courageuse et puissante car curieusement elle détenait les caractères des aînés, les Solophans, et rien ne lui faisait peur. On plaça donc quelques Avyads à la porte des jardins bénis dans l’espoir d’arrêter les bêtes monstrueuses, et effectivement les puissants héros les taillèrent en pièces à l’aide de lames titanesques et magiques. Ces lames étaient forgées sur une colline dans le feu d’une forge Solophane ou la magie des aînés était puissante, c’était une veine du monde.

Les Malmoks ne réapparurent pas pendant un bon moment, et la paix se réinstalla à Aliviah.


Les insectes produits par l’Enfant subirent cependant une lente transformation, ils devinrent laids et noirs, pullulent et venimeux, certains étaient énormes et possédaient huit ou dix pattes, d’autres exhibaient d’affreux dards empoisonnés, d’autres enfin volaient et dévoraient les fruits et les légumes du jardin d’Aliviah. Quand l’Enfant vit cela il trépigna de rage, sentit une immense frustration l’envahir et plutôt que de s’amender et de réparer le mal se renferma en lui-même

en méditant de sombres desseins.


Uléar détruisit une grande partie de ces œuvres devant ses frères, mais toutes ne purent être trouvées dans le vaste monde, et il ne souhaitait pas les faire disparaître entièrement. Ranfâlm approuva ce geste et accepta que Uléar puisse rester avec eux en conservant une apparence de chair. Cependant l’Enfant se métamorphosait graduellement, il perdait ses beaux cheveux, sa peau se ridait et devenait écailleuse ses dents s’allongeaient, ses mains devenaient longues et griffues, ses yeux pourpres lançaient des éclairs, son apparence devenait effroyable. Le mal réapparaissait toujours, l’enveloppe de son Père ne résistait pas à ce feu noir intérieur.


Colvûr le seul qui eût des rapports proches avec l’Enfant lui conseilla d’apprendre à renouveler l’incarnation pure sans laquelle les fils des hommes lui seraient à jamais refusés. Alors il alla voir Iphimiris le Phirandim et lui demanda le secret de l’incarnation et des masques, la flamme de beauté. Il fallut beaucoup d’efforts à Uléar pour se plier aux rites de ses frères suite à quoi il adopta un nouveau corps terrestre. Pour le tester il proposa à Colvûr un combat, le Solophans était un lutteur dans l’âme et ils s’exilèrent dans les lieux interdits du massmarh fondamentale très loin de toute création.


Ils combattirent avec une force terrifiante mais sans intention de nuire l’un à l’autre et quand ils achevèrent leur joute ils roulèrent en riant aux éclats sur le sol parsemé de crevasses et de feux. Jamais Uléar n’avait été si heureux car il pouvait enfin dépenser toute son énergie. Colvûr ne se lassait point, persuader que cela apportait un grand bienfait à l’Enfant et la paix à la création. Mais un jour il fit à Uléar :

« Cher compagnon, tu sais quel plaisir j’ai eu pendant un temps à me mesurer à toi mais il faut arrêter. La terre souffre de nos combats, le temps et l’espace ne sont pas assez stables. »

L’Enfant ne pu convaincre son ami de poursuivre les heures exquises, et en conçu à nouveau de l’amertume, comme pour tout ce qu’il ne pouvait pas posséder.


Aleph dicta de nouvelles lois concernant le monde-né, l’instabilité du massmarh provenait de son immensité indomptée, il fallait réduire le monde et pour gagner de l’espace et du temps le créer rond et à plusieurs facettes. Chaque facettes donnerait accès à un monde à part, une époque différente qu’il faudrait contrôler.


La retaille du massmarh se ferait sans bouleversements car les Phalemfs étaient passés maîtres dans les fondements. Saâs et Fërms les deux grand Solophans blancs furent décrétés maîtres des portes et filtraient tous les êtres qui passaient d’un monde à l’autre. L’enfant avait revêtu une superbe apparence et s’était mêlé à ses frères pour connaître les desseins des Phalemfs. Il savait que ses créatures détruisaient les jardins et que depuis peu des Alvyads les arrêtaient. Il se donna un nom Silnnom le lutteur car c’était grâce à lui en partie qu’on avait découvert la fragilité de l’univers, et Colvûr fut fier de le présenter à ceux qui allaient préparer le monde à sept portes.

Néanmoins Saâs, assez méfiant lui dit:

« Fils d’Ulgar, tu as déjà fait preuve de beaucoup d’impatience et de manque de maîtrise, tes œuvres ont fait souffrir beaucoup d’hommes. Je ne crois pas qu’il serait bon que tu soit parmi ce conseil des sept portes, tu sauras assez tôt leur fonctionnement, et tes bêtes risqueraient de commettre des déprédations dans les autres mondes ! »

Ces paroles déplurent à l’Enfant qui néanmoins ne le montra pas, il s’inclina et fit d’une voix suppliante :

« Je promets par mon Père que vous n’aurez rien à me reprocher mes frères, je vous aiderai en tout, d’ailleurs n’ai-je pas réduit mes créatures et servi Ranfâlm ? »

Colvûr affirma que c’était l’exacte vérité et Saâs accepta que l’Enfant fasse partie du conseil des portes sans pouvoir changer les décisions prises par lui dans ce domaine.