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Le Masque


L’Enfant enrageait de penser que les jardins étaient si bien protégés, et il se demandait ce qui lui permettrait d’approcher ceux-ci. Il songea alors à une flamme, celle des masques, et se donna une personnalité si séduisante que nul ne pouvait le regarder sans éprouver la plus terrible attirance, les masques donnait le pouvoir d’être à deux endroits en même temps et il était cependant le seul à en user librement. Il alla jusqu’aux jardins bénis et sous cette apparence convainquit les Alvyads subjugués par sa beauté. Il savait ne pouvoir utiliser la force au risque d’avoir un second blâme pire que le premier, mais il pouvait utiliser la ruse.

Il attira à lui un à un les Alvyads et mêla sa substance à la leur les séduisant d’une façon outrancière. Nul ne pouvait résister au pouvoir des masques, et les Alvyads se métamorphosèrent en peu de temps en serviteurs fidèles, leur apparence humaine devint sombre, des écailles remplacèrent leur peau et des dents leurs poussèrent, leurs yeux exprimèrent le mal, et leur arme scintillante brûla d’éclats noirs. Quand les Malmoks revinrent, ainsi que nombres d’autres bêtes affreuses, les nouveaux gardiens laissèrent les créatures ravager les fleurs et les plantes bénies.


Les cadets virent cela et en éprouvèrent beaucoup de chagrin, cependant ils envoyèrent un homme faible, le plus insignifiant parmi les siens, et ils lui donnèrent les fleurs d’Orlypâle qui purent être sauvées. L’humain devint un Molmen ou un puissant, il releva la tête, ses yeux s’embrasèrent de courage et de fureur, son corps brillait comme un soleil. Il se retourna contre les Alvyads maudits et les tua sans pitié, puis il chassa les bêtes noires et les monstres créés par l’Enfant. Sa puissance soufflait un feu de purification qui s’étendit jusqu’au conseil des sages.


Saâs et Fërms surent que les cadets avaient protégés leur jardin, ils pensèrent immédiatement aux Malmoks et autres êtres noirs qui envahissaient peu à peu le pays, mais ils ne virent pas le sourire de l’enfant qui s’était dédoublé pour agir dans l’ombre. Un des Alvyads pourtant échappa à la destruction du Molmen et vint haletant retrouver son maître :

« Que fais-tu ici sale chien ? » lui lança Uléar.

« Je viens te servir, oh maître ! Tu as fais de moi ton esclave ! »

« Tu viens me redemander ce plaisir immonde qui a fait de toi ce que tu es ? Soit, pour ma vengeance je ferais de toi mon second ! »

Et Uléar transforma encore l’Alvyad en une créature terrifiante, bardée de cuirasse et de piquants, qui empoisonnait par son souffle, mais grâce à un masque cet être pouvait également tromper ses interlocuteurs et montrer un visage honorable.


Et Uléar se remit au travail avec les autres dissimulant ses véritables intentions. Son second, appelé Vagnör, surveillait l’activité des jardins d’Orlypâles. Le Molmen avait disparu, car quand un humain devenait un puissant il mourrait quelques temps après dans une jouissance extraordinaire que lui enviaient probablement même ceux qui vivaient depuis très longtemps heureux. Mais il y avait peu d’humain faibles encore sur la terre car on ne connaissait pas les maladies, seulement l’usure du temps et cette mélancolie dû au poison de l’Enfant.


Près du Fleuve de l’éternité les petits-dieux se repaissaient du spectacle du monde-né. Ils avaient achevés les sept portes, et ils pouvaient désormais partir pour un long voyage dans l’éternité. A leur retour les choses seraient transformées mais il s’agit là d’un autre destin, d’une autre histoire.

Les Pères fondateurs laissèrent à leurs fils les Solophans, au nombre de soixante dix le soin de gouverner le monde-né, de l’achever et de le protéger. La flamme de vie était près d’eux pour les aider et restait scellée. Les Phirandims les embrassèrent de loin et rendirent ce salut aux hommes. Puis progressivement les races peuplant le sol commencèrent à passer d’une porte à l’autre, couple après couples, paysans et travailleurs, musiciens et peintres.

Ils étaient soigneusement choisis, et ils allaient ensemencer d’autres terres, d’autres pays très loin, et voyager sur d’autres mers. Débuta alors la période heureuse des migrations. L’Enfant voyait tout cela d’un mauvais œil, il convoitait l’avenir des hommes, et songeait remplacer bientôt les Pères fondateurs et devenir leur seul et unique dieu.


Il glissa partout des espions pour lui rapporter ce qui se passait dans les sept mondes. Il envoya des créatures possédant un masque, puis il ordonna la destruction des jardins, ces créatures n’avaient pas encore appris à tuer les hommes.


La grande fête des Solophans approchait, fête de leur arrivée dans le monde, et immense réjouissance à laquelle les hommes pouvaient assister. Les éclats de lumière rassemblaient une foule bavarde et heureuse, la musique pénétrait de joie ceux qui l’écoutait et ceux qui la jouait, la nourriture était merveilleuse et abondante. L’Enfant se glissa dans cette population bigarrée et commença à séduire des Alvyads, mais ce qui l’intéressait le plus était de tromper un Phirandim. Il y parvint le soir en entraînant Selgâ une Phirandim des plus douce qu’il transforma par ses venins en un être horrible, car quand la lumière des cadets était corrompu le résultat s’avérait épouvantable. Elle devint l’un des spectres appelé plus tard Golmonns, roi de la peur, du sang et de la mort. Mais au début la métamorphose fut lente, et Selgâ crut embrasser un Alvyad parmi les humains ce qui était une chose normale pour ces deux races très proches.


Asdéröm fut le premier des enfants bénis des Phirandims et des humains. Il avait de longs cheveux et un regard bleu d’acier très près de celui de son père Berrylon quand à sa grâce naturelle elle lui venait de sa mère Miliasm la Phirandim. Il avait pour précepteur Vygée l’archiviste qui tenait les chroniques et écrivait l’histoire du monde-né et auquel on doit d’ailleurs ce récit. Asdéröm possédait une grande sensibilité et avait aperçu la haute silhouette d’un étranger dans la foule en liesse, tout de suite il avait sentit que quelque chose d’anormal se passait. Il en avait fait part à Vygée qui tenait toujours compte de ses sentiments :

« Mon petit, avait dit Vygée, tu vois des choses que nul autre ne voit, mais n’abuse pas de ce pouvoir d’intuition au point de rendre la vie plus sombre qu’elle n’est. Ici le monde n’est que joie, on danse, on chante, on boit, réjouis-toi mon fils. »

« Mon oncle, je vois pourtant un grand danger qui nous guette, un étranger est présent, il ne s’agit pas d’un homme et il en a cependant l’apparence. »

« Il y a beaucoup d’étrangers aujourd’hui mon fils, regarde cet Alvyad ici à l’apparence d’un homme, il ne l’est qu’à cinquante pour cent, peut-être à trente ou vingt pour cent…là bas n’est-ce pas un Phirandim qui à revêtu la face d’un homme et qui danse avec une humaine ? Ce n’est pas interdit tu le sais, et ici ce sont peut-être des Solophans, regarde comme ils sont grands et beaux, puissant et gracieux, ils ne sont pas dangereux car ils connaissent les effets de leur lumière sur le monde et la maîtrise à la perfection… »

« Oui mon oncle, répondit Asdéröm, mais il y a ici un étranger qui n’est pas un homme et qui maîtrise mal ses origines, un Solophans qui laisse passer un peu de sa lumière…une lumière unique, étrange et effrayante… »

Et Vygée compris tout à coup :

« L’Enfant ! Balbutia t-il, par les Pères si c’était vrai… »

« Nul ne peut le contrôler mon oncle ? »

« Ce n’est pas si facile, il est parmi les plus grands de tous…et les plus dangereux…je crains que son masque ne soit que très superficiel, mais il n’a aucun intérêt à le laisser tomber ici…il cherche quelque chose… »

« Je crois savoir quoi, dit le jeune homme en jetant un regard métallique en direction du personnage qui souriait à un Phirandim, il cherche à séduire l’un de nous ! »

Vygée vacilla :

« A séduire ?… »

« Oui, regarde, il cherche à tromper l’un de nous, on dit tellement de choses sur lui…il pourrait passer les portes sans que personnes ne le sache…et il aurait une cachette dans les terres interdites qui existe encore et dont le passage est caché aux hommes où il userait des clés et de la flamme sacré ! Sa puissance est presque infinie ! »

« Seigneurs ! Gémit Vygée en regardant avec des yeux perçants et terrifiés son neveu, tu es au courant de ces choses ? Moi qui voulait te les cacher ! »

Les yeux d’Asdéröm suppliaient presque son oncle « fait quelque chose vite ! » « avant qu’il ne soit trop tard ! » Il détestait cette lenteur qui marquait la race des Phirandims, cette lenteur à découvrir le mal. N’en pouvant plus, et en voyant déjà l’étranger entraîner la Phirandim avec lui, il saisit la main de Vygée et le tira vers la sortie. D’immenses piliers voûtés formaient un enclos gigantesque où se déroulait la fête, des temples et des palais ornaient la périphérie de cet enclos, il y avait des chambres et des salons luxueux qui attendaient à tous moment les invités. Des portes s’ouvraient sans l’aide d’aucune main et les objets eux-mêmes servaient les seigneurs, chaque être et chaque chose était habillé de lumière et de pouvoir, mais sur les pas de l’étranger l’ombre dévorait les clartés bénies, la nuit le suivait.


La Phirandim s’offrirait à l’étranger en mêlant sa substance à la sienne, il offrirait sa semence pour procréer et devenir sa femme, car les Phirandims choisissait leur sexe quand il le désirait. S’il s’agissait d’un Alvyad le mélange serait le même que pour un homme avec un surcroît de puissance dans la semence, s’il s’agissait d’un autre Phirandim il y aurait conception durant neuf périodes terrestres correspondant à vingt de nos années actuelles, car les Phirandims étaient peu fécond et lent à procréer. Mais il s’agissait d’un Solophan, et un Solophan ne pouvait féconder un Phirandim que sous certaines conditions, il donnerait naissance à un Survyad, mais les cas étaient excessivement rares, la plupart du temps les enfants nés de Phirandims et de Solophans mourraient car il y avait transgression de l’essence.

Cette fois c’était l’Enfant, et la fécondation était impossible, l’énergie de l’Enfant pénétra le Phirandim et l’empoisonna pour le métamorphoser en un être hideux.


Asdéröm arriva trop tard, le Phirandim était incapable du moindre mouvement jouissant profondément de l’énergie monstrueuse de l’Enfant qui se régalait de la substance pure de l’être. Il fut ainsi le Grand Vampire, le premier d’entre tous à boire l’âme de ses proies. Vygée lui jeta un regard terrible, mais l’Enfant se moqua de lui, il le bouscula et rit aux éclats, le masque était tombé et Uléar apparut alors comme un être redoutable, bardé de griffes et de crocs, le corps couverts de piquants terrifiants, il partit rapidement. Vygée étourdit par le choc chargea Asdéröm d’avertir les Aînés.