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Les larmes de Miliasm


Et Miliasm continua à chérir ses deux enfants, et Berrylon à les instruire, mais un jour il connu la fatigue des siècles et une grande lassitude le saisit. Il demanda à Miliasm le droit de quitter le monde, et elle le lui accorda d’autant plus volontiers qu’elle ne s’octroyait pas le pouvoir d’empêcher les hommes de choisir leur destinée. Elle pleura cependant à cette décision et essaya aimablement de l’en dissuader. Il fut inflexible et son regard se perdait déjà dans un lointain pays où l’on ne connaît pas la fatigue du monde et le poids du savoir.


Miliasm comme tous les Phirandims avait le pouvoir de faire quitter la vie aux humains dans une jouissance extraordinaire, un bien-être total. Quand Berrylon fut prêt et qu’il eut fait ses adieux à sa famille, elle le transporta sur une colline appelé le « Sein du départ » et là elle l’embrassa une dernière fois et en mêlant sa substance à la sienne le conduisit aux portes dont même le Gardien des mondes n’avait pas le secret. Seuls les Petits-dieux avaient la science de ramener de l’au-delà les morts, et dans un lointain futur ils reviendraient reconquérir le monde de leur amour en le refaçonnant et en redonnant la vie aux morts.

Vygée n’avait-il pas enseigné à Asdéröm que la destinée des Solophans et des Phirandims étaient liées et qu’un jour elle se rejoindrait dans l’éternité ? Que les races sylvestres, les nains et les hommes travailleraient ensemble jusqu’à ce que les hommes demeurent les seuls en ce monde unique, le jour où il n’y aura plus qu’un monde et non sept, où les portes auront disparue, oui ce jour là les hommes resteraient les seuls maîtres de la terre, construisant des édifices et des machines étranges, croyant en des magie différentes et en des rites nombreux et sans fondements. Là, à nouveau reviendraient les dieux, les cinq doigts de l’univers, et ils reconstruiraient ensemble les jardins de délices. N’était-ce pas le desseins grandiose des Phalemfs tout-puissants ?

Certes, mais avant combien de voyages et de quêtes ?

Les Elégies le racontent sur des parchemins inusables plantés dans le sable des mers, les éphémérides le chante sur des stèles de pierre cachées au sein des petits cirons contenant le ferment du savoir. Oui bien des millénaires passeraient.

« Asdéröm mon petit, fit Miliasm en versant des larmes, J’aimais Berrylon plus que tout, j’aurais dû savoir que les humains se fatigue de la vie à la longue, mais tu es fait d’une chair différente, tu me comprends mieux que quiconque. Je voudrais bien avoir un souvenir impérissable de lui, et cependant c’est moi qui vais donner un témoignage éternel de mon amour » et sur ces mots elle prit d’un geste ses deux larmes et les figea en deux pierre splendides, puis elle se dirigea vers un rocher et le tailla à mains nues sans efforts, et elle en fit un verre transparent merveilleux et incassable qui contenait les deux larmes sacrées.

A chaque fois qu’elle les regarderait tous les souvenirs de Berrylon, et son savoir serait de nouveau présent, et les pierres grandiraient lentement nourries par le souvenir et la tendresse en formant avec la vasque un seul bijou éclatant appelé l’Irialn. Ceux qui jetteraient un regard sur ces pierres connaîtraient des instant de paix et de bonheur divins si intenses que toutes les plaies du monde n’auraient pu les assombrirent. Les fous retrouveraient la raison, les désespérés l’espoir, les malheureux le bonheur ! Ces pierres étaient ce qu’il y avait de plus précieux en cette ère et par la suite bien des hommes et des puissants auraient quittés leur famille risquant leur vie pour les posséder.

Asdéröm les conserva religieusement, il les enferma dans une tour de pierre qui deviendrait plus tard un ciron de la terre, une tour s’enfonçant dans le sol pour y garder ses trésors sous le charme d’un sceau, comme le roi des mimains Purlpom y eut recourt plus tard. Oui, et Asdéröm finit par y attacher tellement de prix que le sommeil commença à lui manquer.

Sa grand-mère était partit depuis longtemps avec les siens dans un autre pays pour y apporter son savoir magique afin de reconstruire l’espace et le temps déchirés, les humains n’y étaient pas invités car ils étaient faibles et sans pouvoirs. Les Alvyads avaient le rôle de protéger encore ce qui restait des anciens palais et des jardins oubliés où ne poussaient plus la fleur d’Orlypâle.

Le fils de Berrylon connut en ces jours une jeune femme humaine du nom de Siriane et il s’attacha à elle au point qu’un jour il lui fit visiter la tour de pierre. Et elle contempla l’Irialn et en fut éblouit. Ils se marièrent et scellèrent leur union par un dernier regard à l’Irialn protégé par un Sphans, un chien des dieux qui ne connaissait pas la fatigue et l’erreur.

Berrylon possédait l’amitié d’un nain Purlpom qui devint par la suite roi de Pataponie le royaume des mimains, l’amitié pour un nain était plus rare que l’or. Purpolm était habile dans tous les travaux de joaillerie et de construction comme tous ses ancêtres, et il avait entendu parler de L’Irialn. Comme tous les nains sa soif d’or, de pierres précieuses, et sa curiosité était insatiable, il promit de bâtir une tour bien plus jolie et plus solide à Asdéröm pour contenir un joyau si merveilleux. Cette tour aurait la particularité d’avoir une partie haute tournante et des verrières immenses par lequel l’Irialn pourrait éclairer la nuit les hommes dans les contrées perdues des mondes et des mers. Et il fit ainsi, on monta les larmes de Miliasm à la haute tour et régulièrement la lumière pivotante des pierres d’amour redonna l’espoir aux hommes, ce fut le premier grand phare.

Une complainte rappelle cette époque dans la deuxième élégie au troisième mouvement :

« La grande Miliasm aux larmes d’amour
Donna l’Irialn au monde des hommes
Et même les dieux le convoitait
Pour sa beauté et sa vertu
La grande Miliasm aux larmes d’amour
Figea ses larmes en pierre précieuses
Qui contre un seul regard donnait la paix
Et la joie éternelle »


« Dans une Tour il dort l’Irialn et attend son heure
Dans un ciron de pierre
Au sein du cœur de tous les hommes
Dorment les larmes de Miliasm à l’éternel amour
Ceux qui le trouveront jetteront leur or
Car le métal des rois leur paraîtra odieux
Même l’or le plus pur sera une souillure
Aux côtés de l’Irialn les larmes de Miliasm »


Et Purpolm s’engagea dans une guerre contre Jumpolm le surmain un nain barbare des contrées du nord. Il remporta la victoire et rapporta des trésors considérables sur des chameaux et des bœufs, sur des éléphants blanc qui tiraient des chariots de pierres précieuses d’or et de cuivre. Ses immaculées processions de butins n’en finissaient pas chez Purlpom. Il devint aussi jaloux de ses possessions et les enferma dans une tour d’ivoire gardée par huit nains teigneux, les meilleurs gardiens de trésors.

Mais un jour Furlpom le menaça et lui déclara la guerre, il venait reprendre les biens de son père Jumpolm. Et le rois des surmains envahit son pays et menaça la tour d’ivoire. Ne voulant pas céder son trésor le roi Purlpom supplia et tempêta, rien n’y fit et Furlpom attendait son heure, car la tour était inviolable, mais Purlpom finirait par avoir faim et soif, et la faim et la soif étaient les pires ennemies des races naines. Purlpom croyant son heure venue ouvrit des livres très anciens, trois grands grimoires fermés à clé qui contenaient les formules du pouvoir des Solophans « les Talions du savoir ». Les nains avaient horreur de la magie, ils appelaient les enchantement les nœuds et les cordes, car ces derniers liaient souvent ceux qui s’y adonnaient, où bien les étranglaient. Pourtant l’idée de perdre ses trésors fut la plus forte et il invoqua un enchantement puissant en langue Phirienne, alors la tour s’ébranla dans un grondement énorme et s’enfonça dans le sol devant les yeux ébahis de Furlpom.


La tour disparue à sa vue. Elle resta cachée tant que le nain le voulu. Mais l’enchantement prévoyait une sortie, une porte latérale donnait dans un souterrain qui s’ouvrait et se refermait au fur et à mesure de sa progression. Purlpom déboucha non loin de là et respira l’air pur. Le roi Furlpom fut si impressionné qu’il lui demanda comment il s’y était prit, s’il le lui disait il lui donnerait encore plus d’or, et ils devinrent des amis. Depuis les surmains et les mimains utilisent les cirons de pierre qui comme les vers dans un fromage gardent le ferment du savoir. On y rangeait généralement les chroniques, les Mantelets de la création, les Carnèles prophétiques et les élégies, mais aussi toutes sortent de trésors et de magies. Les tours sortaient quand leur maîtres les appelaient par leur nom ; Syntine, Cyrige, Foulyne et Bercyle furent célèbres…

Les Mantelets parlaient de la création, c’étaient de grandes tables de pierre gravées qui se lisaient dans tous les sens en donnant à chaque fois une combinaison d’idées différentes et complémentaires, nul n’arrivait à en venir à bout.

Les Carnèles étaient des rouleaux qui racontaient sans cesse des récits héroïques nouveaux, l’encre en était magique et ne s’épuisait jamais en écriture.

Les Elégies étaient les histoires d’amour et de passions vécues par les Alvyads et les hommes mais aussi les Phirandims sur des tables de peaux tendues. Elles émettaient des son délicieux et terribles.

Les Ephémérides étaient des chants de toutes les époques et des poèmes forts longs. La musique des Ephémérides pénétrait celui qui les lisait et l’accompagnait longtemps après leur lecture.


Les cirons de pierre contenaient aussi des grimoires en nombre considérables, des armes formidables des épées magiques, Alfancelle et Lidereline, Sandubois et Fracanne, toutes avaient une histoire, et les nains adoraient les histoires et les histoires dans les histoires, il appelaient cela les récits gigognes.

Il y avait aussi des pierres merveilleuses dont nous reparlerons plus loin, tel le Crûcirion, joyaux fabriqué par un Solophan qui conférait l’invulnérabilité, et l’Orgal qui permettait de voir l’invisible et de questionner l’avenir. Il y avait encore le Vasquenarh sacré, une étincelle de la flamme d’Aleph renfermé dans un cristal magique, et cette étincelle irradiait ceux qui la regardait et leur faisait voir les œuvres des premiers jours des Phalemfs avant de les tuer. Mais aucun n’était aussi convoité que l’Irialn.

L’un des nains possédait disait-on une armure magique portée par un Alvyad, Irisante, cette armure permettait d’être invisible pour les ennemis seulement et elle rendait son propriétaire impalpable et laissait passer les lances et les flèches. Mais celui qui la portait trop longtemps pouvaient devenir insensible aux souffrances des autres et détesté par ceux qui l’aimaient. Les objets magiques demandaient hélas tous un tribu à celui qui les utilisaient.


Sophîon toutefois ne laissait pas passer un jour sans parler des jardins bénis et des fleurs d’Orlypâle, le sujet lui tenait à cœur, il voulait retrouver un peu de la gloire ancienne pendant le sommeil de l’Enfant, avant que de mauvais jours ne viennent. Il lassait son père de questions sur la magie des fleurs et leur devenir, il n’en restait que trois graines déposé dans le ciron du roi Farlôn un surmain (c’est à dire l’enfant d’une Alvyad et d’un humain). En ces jours tous les cirons appartenaient aux races naines sauf celui d’Asdéröm. Sophîon alla rendre visite à Farlôn qui le reçu aimablement. Il lui expliqua le but de sa visite ; contempler les graines des Fleurs.

« Que me donneras-tu en échange ? » lui demanda Farlôn avec un sourire rusé.

Sophîon ne savait que répondre, il se méfiait des nains mais sans haine, il eut une brusque idée :

« Je te montrerais le trésor de mon père… »

« Non, de l’or, je connais… j’en ai assez… »

« Plus que de l’or… »

« Des pierres précieuses, j’en ramasse à la pelle… »

« Plus que des pierres précieuses… »

Le regard du roi des surmains commença à briller.

« Tu m’intéresses…des objets magiques ? J’en ai aussi, mais je m’en méfie ! »

« Plus que des objets magiques… » Fit alors Sophîons tendu à l’extrême.

Le nain bondit de son trône et fixa le jeune homme dans les yeux avec une avidité incroyable ;

« Que dis-tu ? Plus que des objets magiques ? Comment cela serait-il possible…si tu me trompes… »

« Si je ne te trompe pas tu me feras voir les graines alors ? »

Le roi des surmains eut un rire grinçant.

« Je peux même t’en offrir une… une seulement évidemment… »

Sophîon sauta de joie et dansa devant le roi.

« Oh ! C’est vrai ? Une graine ? Une graine d’Orlypâle ? »

« Cesse de t’agiter jeune fou, aujourd’hui il n’y a plus de terre sainte pour la faire germer ! »

Sophîons fit un clin d’œil au roi.

« Ça c’est mon affaire ! »

Et il lança sans réfléchir.

« L’Irialn ! »

le roi se laissa choir dans son trône abasourdit, il balbutia :

« L’Irialn ? n…non ! Tu rêves ? qui… qui aurait les larmes de… ? »

« Mon père ! » répondit Sophîon en souriant. Le regard du surmain devint un feu consumant, il en bava de convoitise :

« Tiens…tiens ! Ton père… Par les petits-dieux ! Si j’avais su ça… »

« Comment… ! cria le nain, comment feras-tu pour…me montrer les larmes bénies ? ! »

« C’est mon secret, viens à la Tour-Phare qui, tu le sais, éclaire les marins et les hommes perdus dans les forêts immenses, et je te montrerai les larmes merveilleuses, car tu sais que pour profiter de leur éclat il faut les contempler en face, leur lumière projetée dans le ciel n’est pas suffisante, elle éclaire d’une lueur douce et pâle, comme le visage de Milisam la route incertaine du voyageur…viens à la périgée du jour quand les lueurs Phirandiennes sont beaucoup plus basses et que l’or de lumière chasse les contrastes. »


Le roi nain fit ainsi et Sophîon qui avait accès à la Tour comme son père entra avec Farlôn en cachette. Ils grimpèrent des marches et encore des marches, ouvrirent des portes et traversèrent des corridors sans flambeaux car une clarté magique baignait les pierres. Puis ils arrivèrent dans une pièce petite et entièrement composé d’un verre épais, L’Irialn était posé dans un écrin spécial qui tournait sans arrêt et envoyait sa lumière par les vitres, cette lueur merveilleuse apaisait les cœurs mais ne pouvait par son mouvement constant être regardée en face, il fallait stopper quelques secondes le mécanisme de rotation du plateau pour voir les larme magiques. Alors un grand chien blanc apparut aux allures noble et aux yeux de feu, il ne parlait pas mais attendait que son maître lui donne des ordres. C’était un Sphans les chiens des Solophans, il pouvait chasser sans fatigue et ramener du gibier dix fois plus gros que lui, aucun guerrier n’aurat pu l’affronter car son corps se regénérait plus vite que les plaies dont on l’affligeait.

« Cher ami, garde fidèle, fit Sophîon en le flattant d’une main, laisse-moi contempler l’Irialn… » Puis il appuya sur un levier et arrêta le mouvement du plateau.

Et le chien s’effaça laissant le jeune maître montrer l’Irialn à Farlôn. Ce dernier le contempla hébété de stupeur ; terrassé de bonheur, la lumière l’enveloppait de façon exquise, il haletait en regardant les méandres rosés le pénétrer, il pleurait…et pour faire pleurer un nain il en faut, aucun pouvoir ne saurait parvenir à ce résultat en ce monde sauf celui de l’Irialn. Farlôn tomba à genoux et bredouilla devant Sophîon :

« Sophîon… ! Pardonne-moi…il faut que je te dise…j’allais te voler ton trésor… j’en avais l’intention…mais pardonne-moi ! C’est trop beau ! je m’amende dans la cendre et la poussière ! Punis-moi si tu le désire je suis dans le ciron de ton père ! »